
Junior Frenger a des problèmes et le Sergent Hoke Moseley le sait. Junior, ex-taulard beau parleur, est à la limite du comportement psychotique. Moseley est le détective sur sa piste après que Junior a tué un Krishna, volé un pickpocket, puis dérobé l’insigne, l’arme et même le dentier de Moseley ! Junior court dans les rues de Miami en se faisant passer pour un flic, agressant les gens et procédant à des arrestations. Et même s’il promet à Susie, une ancienne prostituée, qu’il restera en dehors du crime, il continue à jouer au gendarme et au voleur des deux côtés de la loi.
Avis de Cherycok :
Miami Blues est une adaptation du roman policier du même nom, publié en 1984, de l’écrivain américain Charles Willeford, adaptation faite par le réalisateur du film lui-même, George Armitage. Mais c’est au départ Fred Ward qui est à l’initiative du projet puisqu’il avait adoré le film, avait mis une option dessus et, après un refus du réalisateur Jonathan Demme (Le Silence des Agneaux), qui voulait un peu de repos avec son Veuve Mais Pas Trop (1988) et qui se contentera du poste de coproducteur, c’est aux mains d’Armitage que le projet arrive. On fait appel à Gene Hackman pour interpréter le policier, Fred Ward pour le (anti)héros, mais ce dernier incarnera finalement le policier mal traité du film, Gene Hackman s’éloignera du projet, et Alex Baldwin récupèrera le premier rôle. Afin de profiter du succès de A La Poursuite d’Octobre Rouge dans lequel est présent Alec Baldwin, Miami Blues sort 2 mois plus tard, mais le film fait un flop, ne rapportant que 9.9M au box-office domestique (U.S.A et Canada). Pourtant, cette comédie noire / thriller policier est l’un des films les plus sous-estimés des années 90 et ses 97 minutes filent à une allure folle.
Miami Blues, retitré parfois chez nous Le Flic de Miami, peut-être pour surfer sur la vague Le Flic de Beverly Hills, est un film très cool au final peu connu des cinéphiles mais qui pourtant préfigure, du moins pour certains spécialistes, le mélange frais de crime et de comédie de Quentin Tarantino, par ailleurs grand fan du livre et de son auteur. C’est aussi le retour sur le devant de la scène de George Armitage qui, après avoir œuvré dans les années 70 avec des films tels que Hitman Le Créole de Harlem (1972) ou Milice Privée (1976), n’avait plus rien réalisé depuis plus de 10 ans. L’intrigue de Miami Blues est banale mais pourtant désarmante et décalée, avec même un côté assez méchant, pour un film qui alterne sans cesse les tons sans que cela ne soit jamais problématique grâce à l’excentricité de ses personnages, celui d’Alec Dalwin en tête, ce dernier offrant une excellente performance dans ce rôle de sociopathe violent, menteur pathologique et voleur invétéré, qui arrive à Miami sous une fausse identité et qui va s’adonner à un simulacre de vie de banlieue avec une jeune prostituée, tout en se faisant passer pour un flic. Mais il n’est pas le seul à valoir le coup d’œil. La toute jeune Jennifer Jason Leigh (LeS 8 Salopards) incarne un personnage naïf éminemment sympathique, prostituée à mi-temps mais qui rêve d’une petite vie bourgeoise en banlieue, qui va se faire avoir par la belle gueule et les promesses de son nouveau chéri. Sa relation avec le personnage de Baldwin a beau être illusoire, les deux acteurs partagent une excellente alchimie à l’écran. Mais c’est surtout Fred Ward (Remo, Tremors), livrant une de ses meilleures performances, qui est absolument excellent dans le rôle du flic un peu sordide, cynique, qui devient la risée de ses collègues, d’autant plus qu’il semble prendre un énorme plaisir à l’incarner. Ses mimiques, ses intonations de voix, collent parfaitement à ce personnage pas si looser que ça, à la « cool attitude » malgré ses diverses problématiques (avec sa dentition par exemple).
Miami Blues raconte la série de crimes d’un ex-détenu qui a commis des meurtres, des vols et s’est fait passer pour un policier, sorte de choix de vie de désobéissance délibérée qui lui apporte cette liberté que la prison lui avait enlevé. Le film a un côté imprévisible, parfois absurde. Pourquoi, dans la scène du supermarché, le personnage d’Alec Baldwin menace le braqueur avec un pot de sauce bolognaise ? Pourquoi lorsqu’il tabasse Fred Ward, il lui vole également son dentier ? Le film est rempli de plein de petits moments du genre qui se produisent on ne sait pas pourquoi, mais qui provoquent des fous rires. On pourra reprocher à Miami Blues de n’avoir que peu de sens, de ne pas être toujours logique dans sa narration. Mais finalement, qu’importe, son intrigue a beau être rudimentaire, les personnages du film sont cohérents, et cette intrigue est engageante, très amusante, et on se contente de suivre avec beaucoup de plaisir le prochain méfait de cet anti-héros, la prochaine bourde de ce policier, le prochain moment de naïveté de la jolie Jennifer. Ces personnages sont attachants car ils sont enfantins, le premiers dans ses actes, le deuxième dans son excentricité, le troisième par son côté touchant. Sans parler de cette brochette de seconds rôles suffisamment barrés pour les rendre mémorables. Miami Blues reste malgré tout très ancré dans son époque, avec par exemple des flics de la vieille école qui sont toujours aussi bourrus, qui se moquent des minorités, mais aussi par la bande originale du film un peu datée. Mais qu’importe, le plaisir est immédiat pour qui aime un tant soit peu le cinéma de cette époque, et oui, Miami Blues est un peu trop oublié des amateurs de cinéma qui devraient lui laisser une chance tant il remplit faut la main son contrat de divertissement.
LES PLUS | LES MOINS |
♥ Le casting impeccable ♥ L’humour noir du film ♥ Des personnages attachants ♥ Le côté absurde de certaines scènes |
⊗ Une bande originale datée ⊗ Un scénario famélique |
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Tantôt cynique, tantôt caustique, parfois pince-sans-rire, Miami Blues est un divertissement chaudement recommandé. Un film atypique, certes, mais toujours décontract, ce qui semble être le mot d’ordre tout le long malgré la violence qui règne du début à la fin. |
LE SAVIEZ VOUS ?
• Charles Willeford, l’auteur du livre original, est mort avant de pouvoir voir l’adaptation de son livre puisqu’il est décédé en 1988.
MIAMI BLUES est sorti chez MDC Films en blu-ray au prix de 20€. Il est disponible à l’achat ici : https://mdcfilms.myshopify.com/ Spécifications techniques : Format image 1.85:1 respecté – 1920×1080 – 23.976p – Encodage AVC. Audio : Anglais en en DTS-HD Master Audio 2.0 et Français en DTS-HD Master Audio 2.0. Sous-titres : Français (nouvelle traduction). En plus du film, on y trouve : Le film en VHS Vision (VF, 1h33), L’histoire de Miami Blues par Fathi Beddiar (64min), Anecdote de Fathi Beddiar sur Jonathan Demme (6min), Le Blues de Miami – Analyse d’Amandine Lach (16min), Galerie photos (5min), Spots TV US (2min), Bande annonce MDC Films (7min), Bande annonce (2min), Bonus caché. |
Titre : Miami Blues / Le Flic de Miami
Année : 1990
Durée : 1h37
Origine : U.S.A
Genre : Comédie policière oubliée
Réalisateur : George Armitage
Scénario : George Armitage, Charles Willeford
Acteurs : Alec Baldwin, Fred Ward, Jennifer Jason Leigh, José Pérez, Charles Napier, Obba Babatundé, Edward Saxon, Nora Dunn, Bobo Lewis, Kenneth Utt